Heure polaire
18h0min
[Français]




Kayak à voile (sur la photo Pierre à l'arrière et Albert à l'avant)



Ce n'est pas le bruit du vent qui me réveille ce matin mais le crépitement de gouttes de pluies qui tambourinent sur la toile de la tente. Il n'y a plus un pet de vent, la mer est lisse comme un miroir mais il pleut. En sortant de la tente, je réalise qu'il pleut certe, mais que c'est plus impressionnant de l'intérieur de la tente qui fait caisse de raisonance que quand on est à l'extérieur ou il pleuviote. Ce ne sont pas quelques gouttes de pluies qui vont m'arréter et je fais ma séance de Qi Gong. Le ciel est totalement recouvert de nuages et pour la première fois depuis le début de l'expédition, je peux profiter du paysage sans mes lunettes de soleil. Souffrant d'une DMLA heureusement prise à temps (dégénérécence de la rétine qui peut à terme conduire vers la cécité), je suis contrain de prendre un médicament à vie mais surtout de me protéger au mieux du soleil ce qui m'oblige à garder en permanence lunettes de soleil et casquette vissée sur la tête. C'est autant dire que j'apprécie ce matin ma séance en contemplant avec ses vraies couleurs les beautés du Groenland.
Je garde toujours un oeil attentif sur l'éventuelle présence d'un ours qui croiserait dans les parages. Et justement, en finissant la séance, je perçois uns tache blanche sur le la mousse verte à une distance que j'évalue environ à 500 m. Je regarde mieux et vois ma tache bouger. C'est blanc, ça bouge, c'est un ours j'en suis certain. Je me dirige vers la tente et annonce à mes compagnons qui dorment encore la présence d'un ours. Cette fois ci, pas de doux réveil avec une bonne tasse de café, mais plutôt une décharge d'adrénaline pour mes amis qui se précipitent à l'extérieur de la tente. je le désigne à Albert qui sort le premier. Il regarde et dis, "celui la, il est pour nous". Puis Pierre et enfin Jean-Yves. J'ai installé la caméra sur le pied et pointe mon téléobjectif sur l'ours. Mais la, un doute horrible m'envahit. Et si mon ours était tout simplement un lièvre. Pierre qui a mis son téléobjectif en direction de l'animal, fait une photo, la regarde, la grossit et me la montre en me disant d'un air plus que narquois "voici votre ours monsieur " ! Sur la photo, 2 longues oreilles dressées sur la tête d'un mignon petit lièvre qui nous regarde. Je suis un peu confus d'avoir réveillé ainsi mes amis mais les cas d'hallucinations sont fréquentes dans l'arctique. A l'inverse, en 1999, nous avions foncé en kayak vers une mouette afin de la photographier qui s'était avéréé à la fin être un ours. Il vaut mieux de toute façon prendre un lièvre pour un ours qu'un ours pour un lièvre, et je terminerais cette anecdote matinale par une phrase de Lao Tse qui dit "Qui prend conscience de son erreur ne commet plus d'erreur".
Le petit déjeuner avalé, nous préparons nos affaires. Jamais je n'aurais pensé hier soir en nous couchant que nous aurions pu faire du kayak dans de telles conditions ce matin. Nous démontons notre camp et installons de nouveau nos affaires dans les kayaks qui trouvent petit à petit leurs bonnes places. Jean-Yves et moi avons fait de petits ajustement et tout commence à trouver une place idéale.
A 11h30 nous donnons le premier coup de pagaie. La temps s'est mis au beau de de nouveau le soleil brille. Qu'il est agréable de filer sur cette eau miroir. Nous passons quelques petits blocs de glaces éparses et longeons le côte. Mais notre répis de vent de dure jamais. Il se lève maintenant un petit vent du sud qui ride la mer. Puis de ridée, la mer se couvre petit à petit de vagues qui viennent s'écraser contre les kayaks. Nous avons le vent dans le dos et c'est la situation idéale pour mettre une voile. Nous rapprochons les kayaks cotes à cotes pour en faire un radeau et hissons une voile. De cette manière, non seulement nous avons une excellente stabilité mais de plus nous avançons sans effort avec l'aide du vent. Nous doublons un cap? Les passages de cap sont toujours plus mouvementés mais une fois passé l'obstacle, nous retrouvons un semblant de calme. Puis le vent forcit d'avantage et la mer se couvre de crètes blanchâtres. Nous nous sommes fixés quelques règles. Si la mer se lève trop, si le vent devient trop fort, nous nous arrétons et c'est ce que nous faisons au bout de 10 kilomètres. Mais nous avons changé d'endroit et de nouveau apprécions de nouveaux paysages.
En déballant les panneaux solaires du sac étanche, nous frisons la catastrophe. Ne pouvant fermer complètement le sac à cause de la grandeur des panneaux, nous plaçons le sac à l'arrière de notre kayak et à l'intérieur. En sortant les panneaux, c'est l'inondation à l'intérieur. La batterie, le boitier convertisseur et la prise allume cigare baignent dans l'eau. Jean-Yves, ingénieur électricien de son métier, à tout de suite le bon réflexe. Il ouvre tout les boitiers et les fait sécher au soleil et au vent. Si l'un des éléments est abimé, nous ne pourrons plus recharger notre ordinateur ! Au terme du séchage, il revisse les boitiers et nous testons. Un grand ouf de soulagement, malgré les diodes du convertisseur qui ne s'allument plus, l'ordinateur se recharge tout de même. La seule chose que je ne m'explique pas est pourquoi le sac a t'il rempli autant d'eau à l'intérieur du kayak. Je pense que nous avons du sous estimer la quantité d'eau embarquée hier dans le kayak alors que nous déchargions nos sacs tandis que des vagues venaient se fracasser sur le flan des embarcations. Demain, nous pomperons soigneusement toute l'eau et nous mettrons la conectique dans le sac informatique qui lui est totalement étanche et sur le pont avant de notre kayak.
Nous repartons en fin d'après midi à pied explorer les environs. Nous nous enfonçons assez profondément dans la montagne qui surplombe notre camp espérant voir de la faune. Pierre est très déçu, il n'a rien a photographier. Ce n'est pas tous les jours que nous avons de la chance de bien photographier des animaux. Ceci dit, outre le vent qui souffle fortement, nous avons de nouveau la chance avec la météo puisque le soleil brille de nouveau sans discontinuer. Nous avons le visage qui nous brûle d'ailleurs ainsi que les lèvres gercées. L'ambiance dans l'équipé est excellente et je m'entends particulièrement bien avec Jean-Yves et Albert. Avec Albert, nous continuons chaque jour nos pompes et glaçons régulièrement nos genoux. A ce sujet, une anecdote amusante. Alors que nous étions tout les 2 en slip pour glacer nos genoux dans la mer, nous avions de l'eau jusqu'au dessus du genou. Mais nous avions complètement oublié qu'il y avait des vagues et nous avons été mouillé par l'eau glacée bien au dessus de la hauteur du genou ce qui nous a valu a tout les 2 un fou rire mémorable !

Fred





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