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Pierre et Albert dans leur kayak

La première chose que je fait le matin, avant même de démarrer ma sacro sainte séance de Qi Gong, est de déployer les panneaux solaires afin de recharger tout ce qu'il est possible. Cette opération fastidieuse mais nécessaire (un peu comme être obligé d'aller faire des papiers administratifs), assure une fois terminée la tranquilité d'esprit en vue de journées moins ensoleillées. Si bien, que même si ma batterie d'ordinateur indique 75% de charge, je préfère m'assurer qu'elle soit toujours à 100%.
Il est donc 6 h lorsque je me réveille et la température à l'ombre indique 8°C. Il souffle un très léger vent du sud et la mer est basse et très calme, le temps idéal pour prendre nos kayaks.
S'il y a bien une chose dont j'ai horreur, je parle en mon nom mais je pense que mes compagnons sont comme moi la dessus, c'est la préparation de la toute première journée de kayak. L'équation est simple, comment ranger au mieux la multitude de sacs que nous trimbalons dans 2 kayaks biplace et de s'y installer par la suite sans être trop engoncé pour pouvoir décement pouvoir pagayer. Au fur et à mesure, nous remplissons les kayaks. Sacs à l'avant et à l'arrière à l'intérieur. Nous tirons les sacs le plus loin possible en glissant nos bras dans des trappes d'accès prévues à cet effet. Viennent ensuite les sacs que l'on met sur le pont des kayaks. Nous sommes obligés d'en mettre malgrés la prise au vent qu'ils nous donnent. Petit à petit les choses s'organisent mais il y a toujours une infinité d'objets qui n'ont pas trouvés leur place. La tente par exemple. Alors que nous pensions être archi complet en terme de sacs sur le pont, voici que nous l'avions oubliée elle qui doit tenir dans un grand sac étanche. Et puis, comme à chaque fois et ce depuis 23 ans maintenant que nous avons commencé à faire du kayak dans l'arctique, eh bien tout fini par rentrer. Mais la partie n'est pas gagnée pour autant. Le matériel est rentré mais pas les bonhommes. Je m'installe à l'arrière. C'est moi qui dirige le kayak à l'aide des paloniers que j'ai aux pieds. Nous passons un bon moment à les régler. Cet important réglage est vital car les paloniers actionnent un petit gouvernail qui nous permet de maintenir un cap même lorsqu'il y a du vent et du courant. Entre mes jambes , j'ai le sac vidéo plus un bidon d'essence. Vient le tour de Jean-Yves. En le voyant s'installer dans le kayak, j'ai l'impression de voir un pied rentrant dans une chaussure très serrée. Il lui faudrait presque un chausse pied géant pour rentrer dans l'embarcation. Lui aussi a plein de sacs entre les jambes. Je fais équipe avec Jean-Yves. Pierre et Albert se partagent le même kayak et ne sont pas mieux lotis que nous question place.
A 11 h nous embarquons pour donner enfin nos premiers coups de pagaies. Et bien sur, un petit vent du nord s'est relevé produisant de petites vagues. Mais quelle sensation de liberté une fois sur l'eau ! Nous pagayons dans des paysages certainement parmi les plus beaux au monde, alors oui , il y a toujours un prix à payer (inconfort, froid, peur de chavirer, longs moments d'attente inteminable, ...) mais le jeu en vaut vraiment la chandelle et nous sommes prêt à tout les "sacrifices" pour pouvoir vivre ces moment uniques.
Il a été décidé avant de partir que cette première étape est une étape de mise en condition. Nous devons au terme de celle ci faire des ajustements sur le rangement de notre matériel et mieux nous organiser. De toute façon, le vent souffle un peu plus fort et pagayer contre le vent avec la prise au vent que nous avons n'est pas idéale. Nous nous arrétons non loin d'un glacier qui recule dans les terres au terme de 2 heures de navigation et 4,5 km parcouru. Mais maintenant, cela va devenir une routine puisque chaque chose a dorénavant sa place dans chaque kayak et que nous savons que tout rentre.
Nous établissons notre camp un peu en hauteur. Qu'il est bon de changer de paysage. Devant nous , un petit iceberg certainement échoué car il ne dérive pas. Dans cet univers rocailleux , nous avons planté la tente dans minuscule ilot de verdure, enfin de verdure, disons plutôt un endroit ou il a a un pou de lychen.
Si je n'aime pas démonter un camp, j'adore par contre arriver dans un nouveau, découvrir le lieu ou camper, trouver le petit cours d'eau qui va nous donner de l'eau, voir s'il n'y a pas d'animaux déjà dans un proche périmètre. Puis monter de nouvau la tente, ce petit havre de paix lorsque le vent souffle et sortir petit à petit nos affaires afin de vivre au mieux dans ce nouvel endroit.
Pour féter cette première journée de kayak, Albert nous fait du pain. Nous avons emporté 3 kgs de farine et avons le droit à un pain tout les 4 jours environ. Il y a du bois de flottage ce qui nous assure pour le moment à chaque fois une cuisson au feu de bois et donc économiser notre essence. Etonnant d'ailleurs ce bois de flottage qui provient de Russie. Il a dérivé de longues années en mer avant que de ne s'échouer sur les cotes Groenlandaises.
Après avoir dégusté ce bon pain, Pierre, Jean-Yves et Albert font une sièste tandis que je vais faire une autre séance de Qi Gong. Le vent a repris. Nous avons bien fait de nous arréter. Déjà la mer se forme et se couvre petit à petit de crètes blanches qui n'augurent rien de bon à venir. Vers 17 h, je réveille mes compagnons avec un bon café car la journée est loin d'être fini. Il faut maintenant aller explorer à pied les environs afin de traquer la faune et ramener de belles images.
Nous nous mettons en route à 17h30 et marchons jusqu'à un point de vue magnifique du glacier. Il ne se jette plus dans la mer mais il dégage encore une impression de puissance extraordinnaire. Il y a plein de traces de boeuf musqué mais nous n'en voyons aucun. Nous rentrons au camp à 20h30. Le temps à changé et si j'avais un pronostique à faire , je doute que nous puissions faire du kayak demain. Le ciel s'est chargé de nuages (les premiers depuis le début de l'expédition) et le vent souffle sans discontinuer. Ceci dit, nous avons appris que dans l'arctique, tout peut arriver, c'est ce qui fait aussi son charme.
Fred

Article non tagué.
Richard(le 28/07/10 14:55)
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